18
mars
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Les troubles schizophréniques, qu'est-ce que c'est ? Il n'y a pas une schizophrénie mais plusieurs, voire un très grand nombre. En effet, le diagnostic de "schizophrénie" recouvre des symptômes très variables d'une personne à l'autre et pour une même personne au fil du temps. C'est pourquoi on parle aujourd'hui des schizophrénies, au pluriel ou de troubles schizophréniques.

Par Louna Scheer, psychologue stagiaire au CGB, et Ana Paula Vidal, psychologue conseil de l’INSA Strasbourg

Les troubles schizophréniques touchent environ 1 % de la population mondiale, soit 23 millions de personnes dont 600 000 personnes en France.  

Ces troubles apparaissent le plus souvent à l’adolescence ou au début de l’âge adulte, les premiers symptômes survenant généralement entre 15 et 25 ans. Ils touchent les hommes et les femmes de manière relativement équivalente, bien que l’âge d’apparition soit en moyenne plus précoce chez les hommes. 

Même si les symptômes sont très variables d’une personne à l’autre, on peut les classifier en trois groupes : les symptômes dits « productifs », les symptômes dits « négatifs » et enfin ceux dits « cognitifs ».  

  • Les symptômes « productifs » (ou « positifs ») sont ceux qui surviennent « en plus » du fonctionnement habituel de la personne : on peut retrouver des pensées délirantes, un sentiment de persécution, une forte anxiété, des hallucinations notamment sensorielles pouvant toucher l’ensemble des sens (ouïe, odorat, vision…) ;
  • Les symptômes « négatifs » sont ceux qui retirent quelque chose au fonctionnement habituel de la personne : on peut retrouver un repli sur soi, une moindre capacité à penser, à parler ou à agir, une diminution du vécu émotionnel ;
  • Les symptômes « cognitifs » concernent une désorganisation globale de la pensée associée à des troubles de la mémoire, de l’attention ou du raisonnement. Le discours de la personne peut paraître illogique et difficile à suivre.  

Les causes précises des troubles schizophréniques restent mal connues, mais une association de facteurs génétiques et/ou épigénétiques, environnementaux, ainsi que des anomalies de la structure et du fonctionnement du cerveau pourraient être impliquées.  

Petit zoom sur un des facteurs de risque avéré, le cannabis

Bien que l’impact des facteurs environnementaux diffère selon les individus, l’usage de substances psychoactives, en particulier le cannabis, est reconnu comme un facteur de risque important dans l’apparition des troubles schizophréniques. En effet, la molécule active du cannabis, le THC, agit sur des récepteurs du cerveau au niveau des zones impliquées dans les pathologies psychiatriques.  

La consommation de cannabis pourrait ainsi multiplier par deux le risque d’apparition de troubles schizophréniques, avec toutefois une grande variabilité interindividuelle. Cette association est influencée par plusieurs paramètres, notamment la dose, la concentration en THC, la durée de consommation et l’âge au moment de la première exposition (un début avant 18 ans étant associé à un risque plus important). 

La prise en charge

Les troubles schizophréniques sont des troubles psychiques complexes et chroniques dont le diagnostic est souvent posé assez tardivement. La pose du diagnostic nécessite la présente de trois critères : la distorsion de la réalité, une atteinte affective et une désorganisation de la pensée.  Les symptômes identifiés chez une personne doivent être présents (en même temps ou non) de façon permanente depuis au moins un mois pour que le diagnostic soit confirmé, selon la Classification internationale des maladies (CIM-10) de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). 

Le diagnostic et le traitement précoce augmentent les chances d’évolution favorable à long terme. Ainsi, le traitement médicamenteux, l’accompagnement psychologique et le soutien des proches sont essentiels.  

  • Le traitement médicamenteux  

Le traitement médicamenteux repose principalement sur des neuroleptiques, dits aussi antipsychotiques, des médicaments qui permettent de traiter les symptômes positifs et négatifs, mais qui ne sont pas efficaces contre les symptômes cognitifs.   

Il convient de souligner que le respect de la prescription médicamenteuse joue un rôle clé dans l’évolution favorable des symptômes. En effet, si une personne atteinte de schizophrénie se fait hospitaliser et qu’elle ne prend pas ses médicaments après sa sortie de l’hôpital, elle aura 4 fois plus de risque d’être à nouveau hospitalisée dans l’année*. La prise des médicaments conformément aux instructions réduit de façon extrêmement importante la probabilité d’une nouvelle hospitalisation. De plus, le maintien d’une prise médicamenteuse réduit le risque de rechute d’environ 60%.  

  • La psychothérapie  

Les psychothérapies font parties des traitements non médicamenteux.  

La psychoéducation consiste à informer clairement sur le trouble, à apprendre à mieux vivre avec au quotidien et à faire connaître les traitements possibles. Associée aux médicaments, elle permet de réduire efficacement le risque de rechute. 

Les thérapies comportementales et cognitives (TCC) sont très utiles pour travailler notamment sur les déficits cognitifs et les risques de désocialisation dont la personne peut souffrir.  

La thérapie familiale peut également se révéler très efficace car elle aide la famille à mieux comprendre le trouble et à adopter des attitudes qui réduisent le stress et permettent de dépasser les situations de crise.  

Quelques idées reçues sur les troubles schizophréniques

« La schizophrénie, c’est le dédoublement de personnalité » 

Le fait que deux identités ou plus alternent chez une même personne correspond à un autre diagnostic, le trouble de la personnalité multiple ou trouble dissociatif de l’identité.  Cela n’a rien à voir avec le trouble schizophrénique.

« Les personnes schizophrènes sont dangereuses » 

Cette idée reçue est largement véhiculée par les médias, notamment par les films ainsi que les faits divers. Cependant, les patients schizophréniques dangereux pour la société représentent une minorité. En effet, durant les crises, les symptômes productifs tels que les hallucinations peuvent provoquer un sentiment de “bizarrerie” ou de peur pour l’entourage. Mais les cas de violence sont rares et s’ils ont lieux, ils sont principalement tournés vers le patient lui-même. Notons qu’1 patient sur 2 fera au moins une tentative de suicide au cours de sa vie.  

« Les personnes schizophrènes entendent des voix » 

Cette affirmation n’est pas tout à fait fausse puisque les hallucinations auditives peuvent faire partie des symptômes productifs. Cependant, certains patients n’en auront pas. De plus, les hallucinations auditives sont variables et plus ou moins tolérables : certaines personnes peuvent entendre des bruits (par exemple des claquements de portes ou un bruit de ventilation) et d’autres des injonctions suicidaires.  


* Morken, G., Widen, J.H. & Grawe, R.W. Non-adherence to antipsychotic medication, relapse and rehospitalisation in recent-onset schizophrenia. BMC Psychiatry 8, 32 (2008). https://doi.org/10.1186/1471-244X-8-32  

Le Centre Gaston Berger, engagé sur les questions de santé mentale 

La santé mentale des apprenant·e·s est un enjeu majeur pour le Centre Gaston Berger. Mieux connaître les troubles contribue à mieux intégrer les porteur·e·s de ces troubles. Mais connaître ne suffit pas. Savoir comment aider est également important. 

Le CGB promeut des outils d’aide pour la santé mentale. 

Il organise régulièrement des formations aux Premiers secours à la santé mentale (www.pssmfrance.fr). Des sessions vont être proposées dans les mois à venir pour les apprenant·e·s et les personnels. Cette formation de 14h est l’occasion de former des secouristes sur les problématiques de santé mentale et des troubles psychiques, de contribuer à ce qu’ils soient capables de mieux repérer les troubles en santé mentale et d’adopter un comportement adapté de façon à aider les personnes de leur entourage qui pourraient en avoir besoin. 

Vous êtes intéressé·e, faites nous le savoir en écrivant à pssm@insa-strasbourg.fr

La psychologue conseil de l’école est également là pour accompagner plus spécifiquement les élèves concernés. Elle est joignable par mail bien-etre.etudiant@insa-strasbourg.fr

Pour aller plus loin et approfondir cet article, le CGB vous propose quelques ressources complémentaires. 

Vous retrouvez à la bibliothèque de l’INSA Strasbourg l’ouvrage suivant : 

Llorca, P.-M. (2006). Mieux connaître la schizophrénie. Ellipses. 

Vous retrouvez à la bibliothèque du Studium ou en version électronique l’ouvrage suivant : 

Rousselet, A.-V. (2022). Mieux vivre avec la schizophrénie (3e éd.). Dunod. 

Découvrez également les sites psycom.org et pssmfrance.fr/ressources/, qui proposent une large palette de documents sur de la santé mentale. 

Il existe aussi plusieurs associations à destination des aidants, familles et/ou amis d’une personne atteinte de troubles schizophréniques :

 Unafam – https://www.unafam.org/

Les entendeurs de voix – https://revfrance.org/

Schizo espoir – https://www.schizoespoir.com/

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