L’hypersensibilité est un phénomène qui suscite un fort intérêt de nos jours notamment de la part du grand public, comme en témoignent les nombreux livres, articles et émissions à ce sujet. Si certains la présentent comme un véritable atout, d’autres l’associent davantage à un fardeau.
Par Louna Scheer, psychologue stagiaire au CGB et Ana Paula Vidal, psychologue conseil de l’INSA Strasbourg
Qu’est-ce que l’hypersensibilité ?
C’est en 1997 que deux psychologues américains, Elaine & Arthur Aron, proposent de définir l’hypersensibilité comme un trait de tempérament (c’est-à-dire une caractéristique innée). On peut ainsi définir l’hypersensibilité comme une sensibilité nettement plus élevée que la moyenne. Elle implique notamment une plus grande sensibilité aux stimulations de l’environnement, comme par exemple une réponse émotionnelle plus intense. Les personnes hypersensibles perçoivent davantage les signaux, et elles y réagissent avec plus d’ampleur.
L’hypersensibilité peut être sensorielle (sons, odeurs, sensations tactiles, images visuelles…) et/ou émotionnelle (percevoir et exprimer davantage ses émotions) et s’applique aussi bien aux stimulations internes (nos propres émotions, sensations, douleurs…) qu’externes (les émotions d’autrui).
Loin d’une situation isolée, l’hypersensibilité concerne environ 1 personne sur 5 qui nait avec ce trait de tempérament, soit près de 20 % de la population mondiale (1), qu’il s’agisse d’hommes ou de femmes.
L’hypersensibilité n’est donc pas considérée comme un trouble ni comme une catégorie à part mais plutôt comme un trait de personnalité présent chez certaines personnes dès la naissance. Ce trait implique l’idée que l’on se situe tous sur un continuum : on est plutôt un peu, beaucoup ou énormément sensible.
L’hypersensibilité, une force pour le collectif
L’hypersensibilité se révèle comme un atout dans diverses situations du quotidien. De façon générale, ce sont des personnes qui vont prendre le temps de bien comprendre et d’analyser une situation avant de prendre une décision. D’un point de vue relationnel, ils vont être très à l’écoute, empathique et ainsi identifier les leviers pour gérer les conflits et favoriser une communication non violente. Ce sont également des personnes qui vont facilement cerner les besoins et anticiper les adaptations nécessaires tant pour eux-mêmes que pour les autres (par exemple, prévoir des bouchons d’oreilles pour un environnement bruyant ou encore une bouillotte pour se réchauffer).
L’hypersensibilité : une perception plus intense, mais pas excessive
L’’hypersensibilité peut parfois être perçue comme une faiblesse, comme si les personnes concernées réagissaient “trop”. Pourtant, le stimulus ressenti est bien réel. La différence tient surtout à une sensibilité plus fine, à un seuil de perception plus bas que la moyenne. Cette réactivité accrue n’est donc ni une exagération ni un défaut : c’est une autre manière d’interagir avec le monde qui nous entoure.
Le comprendre permet de porter un regard plus juste sur l’hypersensibilité et de sortir des interprétations négatives.
Le fonctionnement de l’hypersensibilité
Notre cerveau est constamment bombardé d’innombrables informations. Les personnes non hypersensibles vont procéder automatiquement à une sorte de tri tandis que les personnes hypersensibles vont traiter et enregistrer la totalité des stimuli.
Ainsi, les personnes hypersensibles se distinguent à la fois par la quantité d’informations qu’elles traitent et par la finesse de ce traitement : les stimuli sont également analysés de manière plus détaillée. Ce fonctionnement approfondi s’expliquerait par un mode particulier d’activation du système nerveux. En effet, chez les individus hautement sensibles, les régions cérébrales impliquées dans le traitement d’informations complexes sont plus fortement activées.
Grandir en étant hypersensible
Une partie des personnes hypersensibles apprend à gérer ses émotions plus vite que les autres, souvent plus par nécessité car leur sensibilité dès la naissance rend certaines situations plus difficiles durant l’enfance. Cependant, pour d’autres, les difficultés peuvent se maintenir à l’âge adulte notamment lorsque leur environnement familial n’a pas été favorable ou encore si les stratégies qu’ils utilisaient auparavant deviennent inadaptées ou inaccessibles. Dans ce cas, ils doivent réapprendre à gérer leurs émotions. Finalement, le défi reste le même pour tout le monde : apprendre à mieux se connaitre et à gérer ses émotions.
Les personnes hypersensibles peuvent également être plus sensibles aux traumatismes, mais lorsqu’ils maitrisent des stratégies efficaces, ils sont capables de surmonter les difficultés et rebondir de façon très efficace.
Les caractéristiques de l’hypersensibilité
Il est important de préciser qu’il n’existe pas un profil type de la personne hypersensible. Ce trait va s’exprimer différemment chez chaque individu en fonction de sa personnalité, de son environnement, de son histoire personnelle… Toutefois, il semble que l’on retrouve 4 caractéristiques communes :
- Le traitement approfondi: tendance à traiter l’information de manière plus fine est profonde
- Exemple : réfléchir longuement avant de prendre une décision, remarquer des détails que d’autres ne voient pas, comprendre les non-dits
- La réceptivité émotionnelle: sensibilité accrue aux stimuli sensoriels, émotionnels et sociaux
- Exemple : être gêné par un environnement très bruyant, être très touché par une critique mineure, ressentir la tristesse d’un ami sans que celui-ci ne l’ait exprimée
- La profondeur des sensations : tendance à ressentir les émotions et les ressentis de façon plus intense
- Exemple : pleurer lors d’un film ou en écoutant une chanson, ressentir une grande joie lorsque quelque chose de beau se produit, être plus sensible à la chaleur, à la douleur
- La surstimulation: tendance à se sentir dépassé dans des situations très stimulantes
- Exemple : avoir besoin de pauses dans un environnement calme après une journée de travail, avoir besoin de s’isoler lors d’une fête bruyante
Conclusion
L’hypersensibilité est un trait de personnalité qui influence la manière dont les informations de l’environnement sont perçues et traitées. Elle ne relève ni d’une fragilité, ni d’une excessivité mais d’une réactivité plus intense et d’une perception plus fine. Mieux comprendre ce mode de fonctionnement permet de favoriser et développer des ressources tant sur le plan personnel que professionnel.
Toutefois toutes les sensibilités aux stimuli de l’environnement ne sont pas de l’hypersensibilité ; il s’agit parfois de symptômes de pathologies.
La psychologue Elaine Aron a conçu un auto-questionnaire de 23 questions pour analyser l’hypersensibilité. Attention : ce questionnaire n’est pas d’une exactitude absolue mais peut vous amener à réfléchir à son propre fonctionnement https://www.leshypersensibles.com/wp-content/uploads/2021/11/2-Questionnaire-Etes-vous-Hypersensible-_-1-1.pdf
Les personnes hypersensibles qui gèrent bien leurs émotions contribuent ainsi à une diversité précieuse au sein des collectifs de travail ou des groupes familiaux ou amicaux.
La psychologue conseil de l’école est également là pour accompagner plus spécifiquement les élèves concernés. Elle est joignable par mail bien-etre.etudiant@insa-strasbourg.fr.
Pour aller plus loin et approfondir cet article, le CGB vous propose quelques ressources complémentaires.
Vous retrouvez à la bibliothèque du Studium Strasbourg les ouvrages suivants :
- Mon hypersensibilité, une force insoupçonnée (B. Vassard, 2025)
- L’hypersensibilité chez l’adulte : guide pour la comprendre et en faire une force (N. Neveux, 2024)
Découvrez également les sites :
- https://hsperson.com/: site anglophone de la psychologue Elaine Aron, pionnière dans la recherche sur l’hypersensibilité
- https://lasensibilite.com/: informations diverses au sujet de l’hypersensibilité notamment de nombreuses ressources (podcasts, vidéos…)
(1) Aron, E. N., PhD. (1997). The highly sensitive person : How to Thrive When the World Overwhelms You.
