Avez déjà entendu parler du “syndrome de l’imposteur” ? Savez-vous à quoi ce concept fait référence ? Louna, psychologue stagiaire au CGB vous l’explique.
Le syndrome de l’imposteur désigne un sentiment persistant de ne pas être légitime dans sa réussite.
Ce concept a été introduit dans les années 1980 par les psychologues américaines Pauline Rose Clance et Suzanne Imes. En travaillant avec des étudiants sur leurs campus, elles ont observé que certains profils particulièrement performants exprimaient un profond doute quant à leur valeur réelle, malgré des parcours académiques solides et des objectifs ambitieux.
Initialement qualifié de « phénomène de l’imposteur », ce ressenti a progressivement été désigné sous le terme aujourd’hui largement utilisé de « syndrome de l’imposteur ».
Les différents symptômes du syndrome de l’imposteur :
On retrouve généralement quatre symptômes caractéristiques du syndrome de l’imposteur :
- La minimisation de ses réussites : tendance à attribuer ses réussites à la chance, au hasard ou à l’aide obtenue.
- Un sentiment d’appréhension : malgré des réussites objectives, impression de « tromper » son entourage ; à cela s’associe la peur d’être « démasqué ».
- Le fait d’être sensible au regard des autres : essayer de viser l’excellence pour plaire et se faire accepter par le groupe.
- La manifestation d’un « cycle de l’imposteur » : l’anxiété associée à une tâche à réaliser conduit à adopter des stratégies d’autosabotage inconscientes. Ces stratégies peuvent induire un perfectionnisme qui amène à investir dans une tâche un temps et une énergie disproportionnés et/ou de la procrastination, provoquant une augmentation de l’anxiété.
Un phénomène courant, mais pas une pathologie
Le syndrome de l’imposteur ne constitue ni un trouble mental ni une maladie. Il est généralement associé à un manque d’estime de soi ou à une difficulté à reconnaître objectivement ses compétences et ses réalisations. Il est extrêmement fréquent puisqu’environ 70 % des personnes vont le vivre au cours de leur vie.
Les personnes concernées ont tendance à minimiser leurs réussites et à accorder une importance excessive au jugement des autres. Elles éprouvent souvent des difficultés à évaluer leur travail de manière équilibrée et peuvent ressentir une forte anxiété face à de nouveaux défis.
Cependant, notons qu’il s’agit d’un phénomène mouvant sur lequel il est possible d’agir.
Pourquoi les personnes performantes sont-elles souvent concernées ?
Le syndrome de l’imposteur présente un paradoxe : il touche fréquemment des personnes compétentes, voire particulièrement performantes.
Dans l’enseignement supérieur, les étudiants évoluent dans des environnements exigeants et compétitifs, entourés de profils souvent très qualifiés. Cette situation peut favoriser les comparaisons et nourrir le doute, notamment lors de moments charnières du parcours universitaire : entrée dans une nouvelle formation, début d’un master, réalisation d’un mémoire ou première expérience professionnelle. Le syndrome de l’imposteur se manifeste particulièrement lors des périodes de transition, comme le passage du lycée à la première année d’études supérieures ou encore celui de la troisième à la quatrième année. Ces moments impliquent une forte capacité d’adaptation : adopter un nouveau rythme, développer d’autres méthodes de travail et répondre à des attentes académiques différentes.
Toutes filières confondues, environ 50 % des étudiant·e·s de première année ne passent pas en deuxième année (redoublement, réorientation, abandon…). Ce taux est un peu plus bas pour les écoles d’ingénieurs. D’après un article de la Commission des Titres d’Ingénieur (CTI), 80,9 % des étudiant·e·s en école d’ingénieurs en 1ère année sont passés directement en deuxième année ; 19,1 % ont soit redoublé, se sont réorientés, ont été exclus ou ont démissionné.
Cependant, la grande majorité des étudiant·e·s qui entre dans un cursus finit par être diplômée ; en effet, 86 % des étudiant·e·s d’école d’ingénieur (en trois ans) obtiennent le diplôme en 3 ou 4 ans.
La pression de réussir et de maintenir un certain niveau de performance peut alors accentuer le sentiment de ne pas être à la hauteur, même lorsque les résultats sont objectifs.
Comment dépasser le syndrome de l’imposteur ?
A petites doses, ce syndrome s’accompagne de qualités telles que l’humilité, la lucidité ou encore la capacité à se remettre en question. Cependant, il peut être amené à impacter la santé mentale (stress, culpabilité, estime de soi…) ainsi que l’épanouissement professionnel car il risque d’empêcher de déployer tout son potentiel.
Reconnaître et identifier ce ressenti
La première étape consiste à reconnaître ce sentiment et à comprendre qu’il est relativement répandu, notamment dans les études supérieures. Mettre des mots sur cette expérience permet souvent de prendre du recul et de relativiser.
Apprendre à valoriser ses réussites et ses compétences
Les étudiant·e·s concerné·e·s ont tendance à minimiser leurs accomplissements. Il peut être utile de prendre le temps d’identifier concrètement les réussites obtenues : examens validés, projets menés à bien, compétences acquises ou expériences professionnelles réalisées.
Cette démarche contribue à développer une perception plus objective de son parcours.
Accepter le processus d’apprentissage
Les études supérieures impliquent nécessairement des phases d’incertitude, d’erreurs et de progression. Ne pas maîtriser immédiatement un sujet ou rencontrer des difficultés fait partie intégrante du processus d’apprentissage et ne remet pas en cause la légitimité d’un·e étudiant·e dans sa formation.
Partager son ressenti
Discuter de ses doutes avec d’autres étudiants permet souvent de constater que ces difficultés sont largement partagées. Ces échanges contribuent à réduire le sentiment d’isolement. Cela peut aussi être l’occasion d’échanger des stratégies pour mieux faire face aux symptômes de ce syndrome et les surmonter.
Trouver un équilibre face au perfectionnisme
Le perfectionnisme peut être une source de motivation, mais il devient problématique lorsqu’il empêche d’avancer ou génère une pression excessive. Apprendre à accepter qu’un travail puisse être satisfaisant sans être parfait constitue une étape importante dans la gestion de ce syndrome.
De plus, les études d’ingénieur et d’architecte font partie des formations particulièrement exigeantes et intenses en termes de rythme, surtout en première année. Il est facile de se sentir dépassé face à une charge de travail qu’il faut faire entrer dans une réalité simple : une semaine compte 7 jours et une journée 24 heures. Cette intensité peut donner l’impression de ne jamais en faire assez et de manquer constamment de temps.
les ressources que le Centre Gaston Berger vous propose
Le centre Gaston Berger organise chaque mois des ateliers, notamment autour de la gestion du stress et de la confiance en soi. Y participer peut vous aider à mieux comprendre certains mécanismes et à développer vos propres outils pour vous sentir mieux. Ces ateliers durent 1 h 20 et se déroulent en petit groupe.
Dès la rentrée de nouveaux ateliers vous seront proposés.
Si vous ne vous sentez pas à l’aise en groupe ou si vous préférez un accompagnement plus personnalisé, il est également possible de prendre un rendez-vous individuel avec la psychologue conseil de l’école (bien-etre.etudiant@insa-strasbourg.fr).
Par ailleurs, en complément d’un accompagnement par un·e psychologue, un tutorat peut s’avérer pertinent pour mieux comprendre les mécanismes du perfectionnisme et clarifier les attentes réelles, afin d’éviter qu’il ne s’installe ou ne s’accentue.
Vous ne savez pas si vous êtes concernés, vous avez des doutes, testez-vous en répondant à l’échelle de Clance ; cela ne vous prendra que 5 minutes.
Ce questionnaire a été développé pour aider les personnes à déterminer si elles ont ou non des caractéristiques du syndrome de l’imposteur et, si c’est le cas, à quel point elles en souffrent.
Répondez le plus sincèrement et spontanément possible à toutes les questions (la première réponse qui vous vient est souvent la bonne).
