Louna est étudiante en seconde année de master en psychologie du développement à l’université de Strasbourg. Depuis novembre 2025, elle est en stage au Centre Gaston Berger (CGB). Aujourd’hui elle termine son stage et elle nous partage son expérience.
Au cours de ce stage, elle a notamment en charge, au côté de la psychologue conseil de l’école, des ateliers proposés chaque mois aux apprenant·e·s sur la gestion du temps, du stress ou encore sur la confiance en soi. Elle a aussi été amenée à rencontrer des apprenant·e·s en entretiens individuels, et elle a participé aux différentes actions menées par le CGB. En parallèle de son stage, Louna rédige un mémoire de recherche, dans lequel elle a décidé de se pencher sur la problématique de l’isolement.
Avant tout, peux-tu nous expliquer en quoi isolement et solitude diffèrent ?
On distingue l’isolement de la solitude, deux notions souvent confondues mais en fait différentes.
L’isolement social désigne une situation objective de manque durable de relations, pouvant entraîner de la souffrance (Larousse).
La solitude, elle, est une expérience subjective : c’est le sentiment non désiré de manquer de relations satisfaisantes ou de proximité affective (De Jong Gierveld, 1998). Ce qui compte n’est donc pas seulement le nombre de contacts, mais surtout la qualité perçue des relations (Cosan, 2014).
Ainsi, une personne peut être isolée sans se sentir seule, ou au contraire se sentir seule malgré la présence d’un entourage.
On se doute du coup que la solitude a un impact. Peux-tu nous expliquer lequel ?
De nombreuses études montrent que la solitude a un impact négatif sur le bien-être psychologique (Cosan, 2014 ; De Jong Gierveld, 1998 ; Hawkley & Cacioppo, 2010 ; Shahidi et al., 2019 ; Yanguas et al., 2018). Elle est associée à un risque accru de dépression, d’anxiété, de troubles psychosomatiques, de comportements à risque et même de mortalité (Cosan, 2014 ; De Jong Gierveld, 1998).
Partant du constat que de nombreux étudiant·e·s sont confronté·e·s à des situations d’isolement, j’ai mené une enquête flash à destination de l’ensemble des apprenant·e·s de l’INSA Strasbourg en janvier 2026. Les résultats ont confirmé l’hypothèse selon laquelle le sentiment de solitude est présent chez une partie des apprenant·e·s. Dans l’enquête je cherchais également à savoir quel était leur besoin spécifique en matière d’accompagnement. Les réponses mettent notamment en évidence une préférence majoritaire pour un accompagnement individuel.
Du coup, qu’as-tu mis en place ?
D’après les travaux de recherche en psychologie, certains facteurs semblent jouer un rôle protecteur. En effet, le fait d’avoir une identité stable et claire semble réduire le sentiment de solitude (Kaniušonytė et al., 2019). Je suis partie de ce lien entre clarté de l’identité et diminution du sentiment de solitude pour construire mes accompagnements individuels.
En psychologie, il existe une approche appelée thérapie d’acceptation et d’engagement (ACT) issue des thérapies cognitives et comportementales. La thérapie ACT encourage l’acceptation plutôt que de chercher à supprimer les émotions ou pensées difficiles. Un de ses piliers est le travail autour des valeurs. Ces dernières correspondent à des directions de vie choisies qui donnent du sens aux comportements et aux décisions du quotidien. Identifier ses valeurs favorise un sentiment de cohérence personnelle et de bien-être. Dans cette perspective, l’engagement dans des actions alignées avec ses valeurs contribue à renforcer le sentiment d’identité, la qualité des relations sociales et le sentiment d’épanouissement personnel.
J’ai ainsi décidé de me baser sur des techniques de l’ACT, notamment de recherche et d’exploration autour des valeurs, pour accompagner les apprenant.es.
Au total, ce sont 6 apprenant·e·s de l’INSA Strasbourg qui ont bénéficié d’un accompagnement sur le long terme dans ce cadre.
As-tu déjà pu voir des résultats ?
Cette expérimentation a également montré que la solitude étudiante ne peut pas être réduite à une simple question de sociabilité ou de nombre de relations. Elle renvoie souvent à des questionnements plus larges autour de l’identité, du sentiment d’appartenance et du sens donné à ses relations et à son parcours.
Les accompagnements menés ont permis de proposer un espace de réflexion et de recentrage personnel, dans lequel les apprenant·e·s ont pu mieux comprendre leur vécu et identifier des pistes d’action cohérentes avec leurs valeurs. Même à petite échelle, cette démarche met en évidence l’intérêt d’intégrer davantage les questions de santé mentale, d’isolement et de développement personnel dans les dispositifs d’accompagnement proposés aux apprenant·e·s.
Le Centre Gaston Berger remercie Louna pour son travail et pour les perspectives qu’il lui ouvre.
- Pour celles et ceux qui souhaitent aller un peu plus loin sur le sujet, Louna nous a partagé une partie de sa bibliographie :
Cosan, E. U. (2014). An evaluation of loneliness. European Journal of Research on Education, 2(Special Issue), 103-110.
De Jong Gierveld, J. (1998). A review of loneliness: Concept and definitions, determinants and consequences. Reviews in Clinical Gerontology, 8(1), 73-80. https://doi.org/10.1017/S0959259898008090
Harris, R. (2009). ACT made simple: An easy-to-read primer on acceptance and commitment therapy. New Harbinger Publications.
Hawkley, L. C., & Cacioppo, J. T. (2010). Loneliness matters: A theoretical and empirical review of consequences and mechanisms. Annals of Behavioral Medicine, 40(2), 218-227. https://doi.org/10.1007/s12160-010-9210-8
Hayes, S. C., Strosahl, K. D., & Wilson, K. G. (2012). Acceptance and commitment therapy: The process and practice of mindful change (2e éd.). Guilford Press.
Larousse. (s. d.). Isolement. Dans Dictionnaire Larousse en ligne. Consulté le 19 mai 2026, sur Larousse
Shahidi, M., Stewart Williams, J., & Hassani, F. (2019). Physical activity during COVID-19 quarantine. Acta Paediatrica, 109(10), 2147-2148. https://doi.org/10.1111/apa.15420
Yanguas, J., Pinazo-Henandis, S., & Tarazona-Santabalbina, F. J. (2018). The complexity of loneliness. Acta Bio Medica: Atenei Parmensis, 89(2), 302-314. https://doi.org/10.23750/abm.v89i2.7404
